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La bataille de RUNEVEN (937)
Article mis en ligne le 5 juin 2016
dernière modification le 6 juin 2016

par GAC Yvon
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La Bataille de RUNEVEN en PLOUIDER (937)

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L’épée de Runeven est au centre du blason de la commune de Plouider

La bataille de RUNEVEN (937) en Plouider contre les envahisseurs normands est l’un des hauts faits de l’histoire du Léon. Elle a fait la renommée de son vainqueur EVEN le Grand. Mais qui est cet EVEN qui remporta la bataille au Xème siècle mais aurait été aussi contemporain de saint Goulven au VIème siècle.
Comme pour la plupart des événements marquants de l’Histoire, il est difficile de faire le partage entre la légende transmise par la tradition populaire (sinon la propagande politique) et la vérité historique sous-jacente.

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Pour ce qui concerne l’histoire de la bataille de Runeven, le chanoine Hervé Calvez (1872-1946), s’est attelé à cette tâche. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont plusieurs histoires de saints locaux et un dernier ouvrage sur Notre Dame de Lesneven et Notre Dame du Folgoët.

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L’article qui suit est la reprise de ses travaux sur la bataille de Runeven à partir d’un document conservé aux archives du musée du Léon à Lesneven.

« En l’an 937, dit Flodoard, après un long exil hors de Bretagne, les Bretons reviennent chez eux et combattent incessamment contre les Normands qui s’étaient emparés de leurs terres et, vainqueurs dans la plupart des combats, ils rentrent en possession de leur pays ». M. de La Borderie, qui cite ce passage, ajoute : « De cette campagne, nous ne connaissons que deux épisodes : la prise de Nantes et la bataille de Runeven  ».
Parmi les Bretons qui combattent sous la conduite d’Alain BARBETORTE pour la délivrance de la Bretagne, l’un des principaux, par sa naissance et sa bravoure, était EVEN, héritier des comtes de LEON. Revient-il d’exil (comme le dit M. de La Borderie), ou plutôt ne s’est-il pas réfugié dans la grande forêt centrale qui se prolongeait jusqu’à LESNEVEN, puisqu’il est fait encore mention de la forêt de Lesneven dans un acte de 1216 ?

Il semble difficile d’admettre l’exil de presque tous les Bretons sous la poussée des hordes normandes. Les moines sont partis, il est vrai, avec les reliques des saints ; beaucoup de Bretons les ont suivis. Mais il en est resté avec leurs chefs. Ce qui leur a manqué, comme autrefois en Grande Bretagne devant l’invasion normande, c’est l’union sous un chef suprême. Aussi, dès que JEAN de LANDEVENNEC, aidé de ses moines, aura réussi à rallier tous ces chefs divers autour d’Alain BARBETORTE, la victoire sera proche.
M. de La Borderie suppose que EVEN, revenu d’exil, a pu rebâtir la forteresse de LESNEVEN, qu’il a rappelé autour de lui ses fidèles, ses colons, ses tenanciers, et que la vie a pu reprendre « parce que, dit-il, il n’y a plus guère de Normands dans le Léon  ». Et pour expliquer la bataille de RUNEVEN, il est obligé de recourir au débarquement d’une armée piratique sur cette côte du Léon.

Nous croyons, en nous appuyant sur les tradition locales, que le comte EVEN fut obligé de reconquérir peu à peu tout le Léon et que RUNEVEN ne fut qu’un épisode – mais l’épisode décisif – de la campagne qu’il dût mener. Il est certain que les Normands ont pillé LESNEVEN et LANDERNEAU et qu’ils se sont établis assez solidement dans le pays (comme M. de La Borderie le dit expressément). Dès lors, on ne voit pas pourquoi ils seraient partis d’eux-mêmes, permettant au comte EVEN de retourner chez lui pour revenir ensuite par un nouveau débarquement essayer de l’en chasser.

Dans sa notice sur Trémaouézan, l’Abbé Mével écrit :
« D’après la tradition orale, Trémaouézan aurait été autrefois le théâtre d’un combat entre les gens du pays et des ennemis venus du côté de la mer. Nos campagnards aidèrent les hommes de guerre en se faisant des armes de leurs instruments de labour :
Freier ouarn a rastellou, a ia gant kouer dar vrezel [Les paysans s’en vont à la bataille avec leurs fourches de fer et leurs râteaux], dit une vieille complainte relative à l’événement.
Un détail, entre autres, est resté profondément gravé dans la mémoire des habitants qui ne le rappellent pas sans fierté : c’est que les femmes de Trémaouézan marchèrent bravement au combat avec leurs hommes et leurs fils, comme le firent plus tard les femmes du pays de Saint-Pol-de-Léon, au combat de Kerguiduff en 1793
 ».
Toujours d’après les souvenirs populaires, continue M. Mével : « La bataille se serait déroulée au Nord du bourg de Trémaouézan, tout le long de l’ancienne voie qui allait de Landerneau vers la mer, depuis le lieu appelé « Bali lahérez » [l’allée du massacre] jusqu’à l’endroit marqué par une vieille croix de pierre qui porte le nom de « Croas-ar-Vurzun » [la croix du massacre]. Il y a là aussi un village qui porte le nom de « Lac’hus ». Enfin, à un kilomètre du lieu de la rencontre en tirant vers l’Ouest, on trouve une pièce de terre dénommée « Park-Lam-Saoz » [le champ de la chute, de la défaite du Saxon). Nous ne saurions assurer que ce nom est un autre souvenir du combat dont il vient d’être question mais on serait porté à le soutenir, car si le mot « Ar Saoz » désigne aujourd’hui exclusivement les Anglais, autrefois il s’appliquait aux Saxons, aux Danois, aux Normands, etc… c’est-à-dire à tous les peuples septentrionaux qui, empruntant la voie de la Manche, vinrent tout à tour ravager les côtes bretonnes ».

A Camaret aussi, il y a une grève qui porte le nom de « Lam-Saoz ». Plusieurs fois, au cours des âges, les Saxons ont été sérieusement mis à mal sur cette côte. Mais il se peut que le nom remonte au Xème siècle, à l’expulsion des Normands. Pas loin de là, mais de l’autre côté de l’entrée de Brest, sur la côte encore, en Loc-Maria-Plouzané, on trouve « Croas-an-Norman ».
A Ploudaniel, à 600 mètres au sud du bourg, là où la route de Plabennec vient rejoindre la route de Landerneau, nous trouvent une très ancienne croix. C’est la croix de « Lam-marc’h ». Si on admet que « Lam » signifie « défaite », cette croix pourrait marquer une autre défaite des Normands, battus par le comte EVEN, d’autant plus que cette croix est ornée d’une épée sur les deux faces. Or M. de La Borderie dit que « la série de veilles croix du IXème siècle, ornée de lances à crochets recourbés, qui jalonne le vieux chemin de Peaule à Questembert, marque le champ de bataille où Alain Le Grand défit les Normands en 888 ». La croix épée de « Lam-marc’h » peut donc aussi indiquer une victoire du comte EVEN. On peut le croire d’autant plus volontiers qu’il y a une autre croix un peu plus haut, à gauche du chemin, portant aussi une épée sur ses deux faces ; cette croix se trouve sur un terrain appelé « Ar vered koz » qui pourrait être l’endroit où auraient été enterrées les victimes du combat. Cette bataille pourrait se rattacher à celle de Trémaouézan. C’est le comte EVEN qui refoule les Normands vers la mer.

Ne faut-il pas aussi rapporter à cette campagne d’EVEN le Grand contre les Normands ce que dit « La Vie de saint Guénolé » sur les combats menés par saint FRAGAN, son père, contre les pirate païens : « certains pirates païens que Fragan avait déjà chassés de Léon, revinrent en plus grand nombre, résolus de prendre terre et s’y habituer ; leur flotte ayant paru en mer, l’alarme se donna à la côte et Fragan, ayant amassé une petite armée à la hâte, encouragé par saint Guénolé, marche vers le rivage de la mer pour empêcher l’ennemi de descendre. Etant en la paroisse de Guissény, près de Lanvengat, ils aperçurent la flotte ennemie en rade, si épaisse que les mâts des navires semblaient représenter une forêt : ce qu’étant vu par le conducteur de l’avant-garde, il s’écria « Me a vel mil guern », c’est-à-dire « je vois mille mâts de navires  ».

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En mémoire de quoi, après la bataille, fut dressée en ce lieu une croix qui, encore à présent, s’appelle « Croas ar mil guern ». Les pirates se sentant découverts, se rallièrent dans les tranchées de leur camp, ne voulant donner combat. Mais les Bretons les assaillirent de telle furie que, les y ayant forcés, ils taillèrent la plupart en pièces, exceptés quelques-uns qui se sauvèrent à la nage vers leurs vaisseaux, desquels plusieurs furent brûlés. Pendant le conflit, saint Guénolé, comme un autre Moïse, priait avec grande ferveur. Après la victoire, il exhorta son père et les chefs de l’armée d’employer le butin pris sur les ennemis pour bâtir un monastère en l’honneur de la Sainte Croix, au même lieu où fut donnée la bataille, qui s’appelait « An Isel-vez » en la paroisse de Plounévez : ce qui fut fait et nommé « Loc-Christ », riche prieuré, à présent presque désert et sécularisé ».

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Il se peut fort bien que le père de saint Guénolé, dont la paroisse de Saint-Frégant (autrefois trève de Guissény) porte le nom, ait eu à chasser quelques bandes de pirates descendus sur les grèves de Guissény. Mais il est plus probable que les bandes nombreuses dont les mâts de navire représentent « mil guern », sont ceux qui ont été chassés par le comte EVEN. Ce qui est sûr, c’est que » Lochrist an izel vez » a été fondé comme le chante le poète breton :
E memor eur victor | En mémoire d’une victoire
A yoa bet evit renta | Qui fut remportée
D’ar groaz gloar ag enor | Pour rendre à la croix, gloire et honneur

Volontiers aussi, M. de La Borderie rattacherait aux invasions normandes le massacre de Lanrivoaré qui aurait été vengé par le comte EVEN. D’après une charte du Cartulaire de Landévennec, EVEN le Grand possédait Lanrivoaré et en fit don à l’abbaye de Landévennec. Quoiqu’il en soit de ces divers points (réels ou possibles) de la campagne d’EVEN le Grand, la dernière bataille sera à RUNEVEN.

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RUNEVEN (Run-Even = la colline, le tertre d’Even) est aujourd’hui le nom d’un village assez considérable de Plouider. Il est situé à deux kilomètres à vol d’oiseau du bourg, sur la route (qui n’existait pas alors) de Lesneven à Plouescat. Le village domine légèrement la vallée de la rivière La Flèche (Al Lissen) qui se jette dans la baie de Goulven.
Il faut ici nous rappeler que la mer s’étendait autrefois beaucoup plus loin qu’aujourd’hui et remontait dans la rivière plus haut que Pont-du-Châtel. La digue de Goulven ne date que de 1832 et, par elle, on a gagné des hectares sur la mer. Auparavant la mer s’étendait jusqu’à la falaise de Tréflez, laissant un îlot [la ferme qui borde la route qui longe la côte de Goulven à Plouescat, s’appelle encore « an enez vian » (la petite île)], et laissant aussi la langue de terre sur laquelle est bâtie la chapelle de saint Guévroc, à l’intérieur de laquelle, en pleine dune, à deux pas de la grève, il y a une fontaine d’eau douce. Et ceci nous explique comment un petit monastère a pu s’établir là, comme tant d’autres sur des îlots ou des promontoires de la côte. Nous voyons ainsi que les Normands, pourchassés par le comte EVEN, pouvaient avoir leurs bateaux tout près de RUNEVEN, se réservant ainsi la possibilité de rembarquer en cas d’échec.
Le choc dut être assez sérieux car nous trouvons là encore des noms de lieux expressifs : « Goarem al lac’hou » (la garenne des tueries) ; « Tachen ar ch’las vras » (la place du grand massacre) ; « Ar roc’h lac’h » (la roche du carnage) ; « Park goadénoc » (le champ ensanglanté). Il y a enfin, non loin de là, « Lanvrein » : si l’on donne à ce mot le sens de « charnier » (terrain où les cadavres se décomposent), on pourrait le rattacher à la bataille de RUNEVEN, mais il semble qu’il y a trop de Lanvrein dans ce coin du Léon pour que le mot ait toujours ce sens. Avec le nom de Run-Even, voilà les souvenirs que la topologie nous donne encore de la bataille.

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Nous comprenons mieux ainsi le texte ancien de « La Vie de saint Goulven », cité par M. de La Borderie : «  Le comte EVEN, homme très chrétien, attaquant les ennemis avec vigueur, les vainquit et les chassa loin devant lui ; il fit un grand massacre des fuyards et leur reprit tout leur butin. Bien peu purent échapper par la fuite et, se cachant ça et là parmi les rochers, reprirent la mer. Jamais plus, ils n’osèrent porter dommage à la terre de Léon  ». Il semble que cet texte est bien interprété par tout ce que nous avons dit : le comte EVEN, « vir christianissimus », il marche lui aussi à la voix des moines, il marche contre les païens ; « invasit hostes alacriter », il les attaque impétueusement, et « victor longius illos exturbavit », vainqueur, il les chasse au loin devant lui. Ceci suppose la campagne menée à travers tout le Léon, car ces mots « longius exturbavit » ne se comprendraient pas d’une bataille sur la côte ; « multa fugientes strage occidit » : il fait un grand massacre des fuyards, voilà RUNEVEN ; « paucis fuga evadentibus et per littora sparsim scrupulosa latitantibus » : voici ceux qui échappent en tout petit nombre, s’enfuient et se cachent dans les rochers, jusqu’à ce qu’ils puissent s’embarquer pour ne plus revenir ; « qui eadem maria per quae venerant relegentes, nunquam postea terrae illi ausi sunt damnum aliquid attemptare ».

La victoire de RUNEVEN marque la fin de la campagne dans le Léon. Les Normands sont définitivement chassés. La Croix de RUNEVEN (croix à épée) sera dressée pour commémorer la victoire des Bretons et les générations en passant la salueront avec fierté et reconnaissance parce qu’elle rappelle la Résurrection de la Bretagne (cette croix a dû être déplacée lors de la construction de la route de Lesneven à Plouescat vers 1800).

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Les textes latins, cités précédemment, sont tirés de « La Vie de saint Goulven », dans sa version originale en latin du XIIIème siècle : ils posent le problème des relations d’EVEN le Grand et de saint GOULVEN. Albert Le Grand, suivant la Vie latine, n’hésite pas à faire d’EVEN le Grand le contemporain de saint Goulven. Mais il est sûr qu’EVEN, l’un des principaux auxiliaires d’Alain Barbetorte, est du Xème siècle et il est sûr aussi que saint Goulven est du VIème siècle. Donc, de trois à quatre siècles les séparent. Comment résoudre la difficulté ?

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Dom Lobineau donne une solution par trop radicale : « Le comte Even vivait au Xème siècle, il a eu recours à saint Goulven, c’est donc que saint Goulven vivait lui aussi au Xème siècle  ». C’est trop simple et surtout absolument contraire à toutes les données de notre histoire. M. de La Borderie suggère une autre explication : « Quand Even Le Grand eut à combattre les Normands, saint Goulven était déjà depuis trois siècles le grand Patron du pays de Lesneven. Avant de marcher au combat, le comte ne put manquer d’aller s’agenouiller au Peniti de saint Goulven, suppliant le saint de le soutenir du ciel par ses prières, pendant qu’il combattait les païens, et lui promettant de riches dons s’il était vainqueur. Après la victoire, il vint en rendre grâces au saint et, pour remplir sa promesse, bâtit près de son Peniti une église sous son vocable (aujourd’hui celle de Goulven), attachant à cette église un territoire paroissial et donnant pour dotation aux prêtres chargés de la desservir le fertile canton défriché par le Bienheureux lui-même et qu’on appelait le « Minihy sant Goulven ».
Au bout de quelques générations, en racontant cette histoire, non seulement on rapporta au saint (comme l’avait fait Even lui-même) le principal mérite de la victoire mais, dans la double visite du comte au Peniti et dans ses relations avec saint Goulven, on en vint bientôt à méconnaître la situation différente des deux héros dont l’un était sur la terre et l’autre au ciel ; on les mit tous deux sur le même plan, vivants et parlants, et l’on arriva ainsi à ces visites, à ces dialogues entre le comte et le saint, que rapporte la Vie latine.
Cette explication n’est pas très satisfaisante : elle soulève trop de difficultés et prête trop aussi à l’imagination populaire. N’est-il pas plus simple d’admettre plusieurs EVEN qui se succèdent comme comtes de Léon ? L’un d’eux aurait vécu au temps de saint Goulven et aurait eu à combattre une bande de Saxons qui auraient débarqué dans la baie de Goulven. Ceci n’a rien d’invraisemblable car les « hommes du Nord » (North Men = Normands) n’ont pas attendu le IXème siècle pour commencer leurs incursions. D’autre part, le nom d’EVEN est un nom propre qui a été de tout temps très commun dans ces parages (M. de La Borderie lui-même le reconnaît). Le comte EVEN qui remporta la bataille de RUNEVEN, est appelé « Le Grand », bien sûr à cause de ses exploits, mais aussi par rapport à d’autres EVEN de moindre envergure qui l’ont précédé et dont nous parlent nos traditions. M. de Kerdanet dit que « suivant la tradition, sainte Azenor était fille du comte EVEN qui siégeait à Lesneven ». Il est question encore d’un comte EVEN dans « La Vie de saint Hervé ».
On peut admettre que celui qui fut réellement en relations avec saint Goulven fut le premier de la lignée, celui qui fonda Lesneven à un carrefour de voies romaines où il y avait un « castellum » qui devint Les-an-Even, la Cour d’Even. La place du champ de bataille à Lesneven porte toujours le nom de « Park-al-lez ».
La peinture du lambris de l’église de Goulven qui représente saint Goulven en soutane noire avec collet rabattu et le comte EVEN en haut de chausses et en habit rouge avec toque à plumets du temps de Louis XIII, ne sera pas plus anachronique pour le premier EVEN que pour EVEN le Grand. On peut se demander peut-être le pourquoi ces croix qui s’élèvent un peu partout, sur nos routes, dans nos landes et sur nos côtes, depuis Questembert jusqu’à Runeven, pour commémorer les victoires bretonnes sur les Normands. La réponse surgit d’elle-même : c’est que cette guerre libératrice est en même temps une croisade, une guerre sainte. Comme plus tard dans notre histoire, ce sont des moines qui prêchent cette croisade et les guerriers avant la bataille invoquent les saints et se marquent du signe de la Croix. Et voilà pourquoi il est juste que la crois s’élève, la croix marquée de l’épée, sur le lieu de la victoire. Lorsqu’en 1096, le duc Alain FERGENT, avec Hervé de LEON, et tous ses braves Bretons, allait s’embarquer à Pontusval pour la Première Croisade, il a pu saluer en passant la croix de Runéven et il a pu dire : « Nous marchons dans les pas de nos pères, nous continuons leur œuvre (Evit Doue hag ar Vro)  ».
Et en réalité, est-ce qu’il n’en a pas été ainsi tout le long de notre histoire ? Les guerres faites par les Bretons sont le plus souvent des Croisades. Depuis RUNEVEN et la Première Croisade jusqu’aux Bretons qui tombent par centaines de mille en 1914, les Bretons qui luttent avec Jeanne d’Arc, comme ceux qui se battent dans la Ligue, les Bretons et Bretonnes qui tombent à Kerguiduff, et les prêtres qui meurent sur l’échafaud comme ceux qui se battent pour les églises et leurs écoles, tous sont des Croisés, ils donnent leur sang, comme le disait le vieux poète de Lochrist :
« Evit renta d’ar groas
Gloar hag enor »

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Donc le Cartulaire de Landévennec parle, dans deux actes, d’un comte EVEN le Grand vivant au VIème siècle et « La Vie de saint Goulven » (rédigée au XIIème ou XIIIème siècle) raconte les exploits d’un autre comte EVEN le Grand contre les pirates Danois et Normands aux IXème-Xème siècles.

Que penser des différentes hypothèses ?
- Sachant que la lignée des Hervé, vicomtes de Léon, s’étend sur plusieurs siècles de Hervé 1er à Hervé VIII, pourquoi pas également une lignée de EVEN se succédant à Lesneven sur deux ou trois siècles : un des premiers contemporain de saint Goulven et un des derniers vainqueur des Normands !
- Sachant aussi que les historiens d’aujourd’hui parlent plutôt d’un NEVEN que de l’ancien EVEN ! On se rapproche alors de saint MEVEN ou NEVEN, saint patron de la paroisse de Saint-Méen.

Finalement la bataille de Runeven serait-elle un « non Even ment », je dirai même plus un « nom Neven ment » ? p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non, auraient dit les Normands (déjà à cette époque !)… mais ceci est une autre histoire… !!!

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