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Souvenirs d’enfance à la gare
Article mis en ligne le 17 mars 2017
dernière modification le 7 mars 2017

par GAC Yvon
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Souvenirs d’enfance à la gare de Plouider
(Mme Martail, in « Plouider, histoire d’un siècle, 1900-2000 »)

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Jean Marie BOSSEUR, mon grand-père, était marin et ma grand-mère couturière au Drennec. Pour raison de santé, mon grand-père dut quitter la Marine au bout de 15 ans et son premier emploi civil fut celui de chef de gare au Drennec. Une promotion lui fut offerte à la gare de Plouider, plus importante, en 1909. Ils se firent construire une maison dans la garenne surplombant la gare. Dès ma plus tendre enfance, je suis venue en vacances à Plouider. Mon père, Adrien BOSSEUR, avait été gravement blessé sur le front du Chemin des Dames. Trépané, il avait été soigné au monastère de Citeaux en Bourgogne ; il rencontra alors ma mère. Pour des raisons économiques, ils se fixèrent à Paris en 1919.

Nous venions à Plouider chaque année y passer le mois d’août. Un grand voyage de nuit de Montparnasse à Landerneau me réjouissait malgré l’inconfort. Nous descendions du « grand train » au petit matin, généralement sous une petite pluie fine. C’était rassurant, nous étions bien en Bretagne, sentiment qui s’accroissait dès que nous grimpions, cette fois, dans le « petit train » départemental où la langue bretonne nous assaillait immédiatement (mon père évidemment retrouvait « son breton »). C’était alors l’enchantement des noms de pays, claironnés au porte-voix par les chefs de gare successifs : Plouédern, Trémaouézan, Plounéventer, Ploudaniel, Lesneven, et enfin Plouider.

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A ce moment, je me redressais très fière car c’était le chef de gare en personne qui m’attendait impatiemment, « mon grand-père »… Sa casquette, son sifflet, son drapeau rouge me semblaient être les attributs d’un personnage très important.

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Ma grand-mère tricotait à 5 aiguilles son éternelle chaussette noire, postée debout devant sa haie, surveillait notre arrivée ainsi que tous les passages des trains. D’autres voyageurs descendaient, d’autres montaient et dans son chuintement habituel, le train s’ébranlait grâce à son conducteur et à mon grand-père évidemment ! De la terrasse de notre jardin, nous pouvions vivre quotidiennement ce spectacle, et la vie familiale était conditionnée par les horaires des trains de voyageurs, mais aussi de marchandises : sable, gravier, goémon, venant de la mer.

Le lundi, les voyageurs se pressaient au guichet pour se rendre au marché de Lesneven. Leurs grands paniers noirs à couvercle au bras, remplis d’œufs, de livres de beurre suintant encore le petit lait ou de pouls apeurées, qu’ils allaient vendre. Les femmes en coiffe, assises sur les bancs de la salle d’attente, bavardaient à qui mieux mieux, tandis que les hommes trinquant dans les cafés tout proches chez « les demoiselles CAER » ou à la boulangerie AFFRET, échangeaient des propos bruyant en attendant le signal du départ. Il fallait parfois recharger la machine du charbon qui remplissait le tender accroché derrière la locomotive ; des jets de vapeur s’échappaient, les escarbilles se dispersaient, il fallait se protéger les yeux.
Les dimanches d’été étaient encore plus excitants, car nous attendions, dès le matin, le train qui allait à Brignogan : « le train du plaisir », rempli de touristes joyeux qui nous hélaient en riant et qui auraient bien voulu prendre le temps de cueillir les marguerites qui fleurissaient le talus de notre maison mais que ma grand-mère surveillait jalousement.

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Quelquefois une grande activité régnait. La gare comportait un aiguillage et il fallait que le train se dirige dans la bonne direction : vers Brignogan, à gauche, ou dans la grande descente, à droite, vers Plouescat. Parfois un train supplémentaire était annoncé, il entrait en gare, la locomotive était dirigée sur la plaque tournante, la manœuvre était délicate, la soupape lâchait bruyamment la vapeur. Aux alentours de la gare, existaient plusieurs voies de garage où stationnaient divers wagons inutilisés un temps, et, pour nous, les enfants en vacances, cousins, cousines, Anna et François, Adrien et Jean Le Hir, les enfants Lichou et Saliou, c’était autant de salles de jeux inespérées. Quelquefois les garçons faisaient une grosse bêtise.

Mes parents nous emmenaient presque chaque jour à la grève de Goulven à pied, mais « par la ligne », où nous pouvions marcher en équilibre sur les rails, sauter de traverse en travers, nous régaler des mûres qui apparaissaient dans les ronces garnissant les remblais, mais nous réfugiant bien vite dans un champ voisin lorsque le halètement d’un train se faisait entendre. La place de la gare était animée. C’était là que les hommes, le dimanche après-midi, disposaient entre les deux cafés, leurs jeux de galoche.

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Le mardi de la Pentecôte, on installait pour le pardon de la gare, le mât de cocagne et le lapinodrome tenu par les fils Lichou. Sur le remblai de pierres, grimpaient les mangeurs de ficelles, tandis que les enfants essayaient de décoller avec leur langue, les pièces de monnaie enfoncées dans la graisse dont on avait recouvert le fond des grandes poêles à crêpes accrochées aux murets.

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En 1935, François MEAR et Pélagie, sa femme, de Lesneven, remplaçaient mon grand-père qui prenait sa retraite.

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La gare était active, propre, coquette, bien que les autocars commençaient à circuler. Puis ce fut la guerre, l’arrêt des trains. Un vilain hangar fut construit par les Allemands. Une nouvelle activité fut envisagée après la guerre, mais la voiture était un progrès irréversible. Reste à présent, dans presque tous les villages de la ligne départementale, l’architecture de la gare bien reconnaissable, souvent bien entretenue et quelquefois le lieu-dit « place de la gare ».

Madame MARTAIL (décédée en 2016)


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Souvenirs d’enfance à la gare
dede - le 17 mars 2017

Merci Yvon pour cet article.
Une pensée émue pour Monsieur et madame MARTAIL

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