François Marie CARIOU, recteur (1792-1804)
Article mis en ligne le 4 avril 2020
dernière modification le 18 avril 2020

par GAC Yvon

François Marie CARIOU, recteur de Plouider de 1792 à 1804

Le curé constitutionnel (ou assermenté) François Marie Cariou a été élu curé de Plouider le 15 juillet 1792 mais il a la prudence d’attendre le départ des prêtres réfractaires, à la fin du mois d’août, pour venir s’installer dans sa paroisse.

Il était né à Quimper, paroisse de Saint Sauveur, le 28 novembre 1769, fils de Guillaume Cariou, cordonnier, et de Thérèse Bois.

Il était séminariste à Quimper en 1790 et fut ordonné prêtre en 1791 par le premier évêque constitutionnel Monseigneur Expilly. Il n’a que 23 ans lors de sa nomination à Plouider.
Il continue à tenir les registres paroissiaux jusqu’à la mi-décembre 1792 bien que l’état civil a été laïcisé le 20 septembre 1792, avec l’adoption du calendrier républicain. Le nombre d’actes sur la période est comparable à celui de l’année précédente, ce qui semble montrer qu’il est suivi par l’ensemble de la population de Plouider au début de son installation, peut-être parce que la municipalité semble avoir accepté la décision des autorités révolutionnaires venues procéder à son installation sur place.

En avril 1792, le conseil municipal de Plouider était intervenu auprès des autorités départementales au sujet du clergé de la paroisse. Comme désormais, après la confiscation des biens de l’Eglise, les membres du clergé sont payés par l’Etat, l’administration cherche à réduire le nombre de prêtres dans chaque paroisse. Le conseil rappelle qu’avant la Révolution la paroisse était desservie par un Recteur et trois vicaires. Il obtient un salaire de 700 livres pour deux prêtres, pourtant insermentés, mais à la fin du mois d’août, touts les prêtres réfractaires doivent quitter leur fonction et se cacher. Et le 7 décembre, les administrateurs du district de Lesneven acceptent, à la demande du conseil municipal, de rouvrir au culte la chapelle de Pont-du-Châtel, comme chapelle oratoire, car « cette paroisse mérite des égards par le patriotisme de ses habitants ».

Le curé constitutionnel n’hésitait pas à s’intituler lui-même « prêtre sans-culotte de Plouider » (4 octobre 1793). Il était arrivé à Plouider avec un certain nombre de handicaps : il était prêtre jureur, très jeune pour être recteur, non-originaire du Léon et acquis aux idées révolutionnaires ; pourtant il réussit à se faire accepter des Plouidérois et resta pendant 11 ans à la tête de la paroisse alors que, dans plusieurs paroisses voisines, les habitants chassaient les prêtres jureurs de leurs églises. S’il ne faisait sans doute pas l’unanimité, il semble avoir été suivi par un grand nombre de paroissiens.

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Année 1794

Les ennemis du curé constitutionnel ont l’occasion de se manifester à l’occasion de la célébration du culte de l’Etre Suprême, créé en mai 1794 par la Convention, à l’instigation de Robespierre. La première fête est prévue pour le 20 prairial an II (le 8 juin 1794). Soucieux de se conformer aux directives des révolutionnaires, François Marie Cariou et son confrère Jean Modir, curé constitutionnel de Goulven, président une fête qui parut d’autant plus insolite qu’elle était orchestrée par des ministres du culte catholique. Dénoncés aux autorités du district, ils sont arrêtés et incarcérés le surlendemain à Lesneven.

De leur prison, ils adressent une lettre de défense aux administrateurs dès le 11 juin : « Nous n’avons rien à nous reprocher. Le patriotisme dont nous sommes animés et qui nous animera tant que nous vivrons a mille et mille fois été mis à l’épreuve. Aujourd’hui, nous avons encore contre nous une dénonciation, en date du 21 prairial, qui porte que nous avons violé la loi en faisant une procession ; c’est pourquoi nous sommes détenus.

Oui, citoyens, nous avons le 20 de ce mois, jour consacré à rendre dans toute la République, à l’Etre Suprême, adoration, gloire et hommage, fait la procession la plus solennelle qui nous a été possible. Oui, nous avons fêté ce jour avec décence, tranquillité, pompe et magnificence. On n’y a pas, sans doute, entendu le ronflement du canon ni le sifflement des boulets ; mais n’y a-t-on pas vu ces jeune citoyennes, qui sont, pour ainsi dire, aujourd’hui le seul soutien des campagnes et des villes, venir s’y délasser de leurs travaux et offrir à l’Etre Suprême leurs peines, fatigues et hommages, à la vue de ces jeunes guerriers portant sur leurs armes invincibles des guirlandes, signes certains de leur gloire future.

A la sortie de Goulven, sur la montagne sacrée [le penity de saint Goulven] qui environne l’arbre de la liberté, notre dénonciateur (très mal choisi pour faire le métier d’espion, puisqu’il est sourd) n’aurait-il pas au moins pu entendre la publication de la loi qui ordonnait la fête, les cantiques, les chants d’allégresse, un discours pu et simple prononcé en l’honneur de l’Etre Suprême et suivi des cris répétés de : « Vive la Montagne ! Vive la nation ! Vive la République ! ». Des danses, aussi décentes que simples, un feu de joie, des chants harmonieux, n’ont-ils pas terminé ce saint jour ?

Citoyens, voilà ce qui s’est passé.

Mais nous dit, notre dénonciateur, vous avez agi contre la loi, en faisant une procession où l’on voyait des reliques, des bannières, de crois, étendards du culte catholique. Mais qui ignore que nos communes professent ce culte et que nous en sommes ministres ? et qui pourrait dire, dans la sincérité de son âme immortelle, qu’un jour l’Etre Suprême le punisse pour avoir célébré cette fête de la façon susdite ».

Cette arrestation fut approuvée par l’agent national de Plouider, Alain Salou, soutenu par les officiers municipaux et 28 citoyens, qui adressa une pétition aux administrateurs de son district le 18 juin 1794 (30 prairial an II) : « nous avons conservé dans notre commune depuis longtemps le citoyen Cariou, plus par respect pour les lois qui dans le principe de la constitution française les avaient établies et par crainte des effets de la haine qui anime le caractère sacerdotal que par attachement pour sa personne… Nous avons vécu dans l’aveuglement jusqu’à présent… Pour extirper de notre commune tous les instruments du fanatisme qui peuvent avoir occasionné tous les maux de la République et suivre le vœu bien exprimé des communes de différents départements plus éclairés que le nôtre, je requiers qu’il soit fait don à la République de notre curé, de son traitement et de tous les objets qui servaient à l’exercice de son sacerdoce… ».
Depuis l’automne 1793, le gouvernement républicain et l’assemblée de la Convention mènent une politique de déchristianisation, s’en prenant désormais aussi aux prêtres constitutionnels. On peut penser que les habitants de Plouider ont profité de la situation pour se débarrasser de leur curé constitutionnel alors que la majorité continue à suivre le culte clandestin des prêtres réfractaires cachés dans la région, comme François Abolivier et François Picart neveu, les anciens vicaires.
Malgré l’existence de ce culte clandestin des réfractaires, François-Marie Cariou conserva de nombreux partisans à Plouider et, après avoir passé quelques mois en prison, il revient dans sa paroisse à la fin du mois de novembre 1794. Cette fois, une pétition, datée du 1er décembre 1794 (10 frimaire an III) fut signée par 331 Plouidérois (hommes et femmes) et adressée aux administrateurs du district pour demander de le rétablir dans ses fonctions : « Tous les cultes sont libres ! Cependant depuis 6 mois, nous n’en exerçons aucun par la privation de notre ministre amené de prison en prison, traduit au tribunal de Robespierre, mais que la justice et la vertu partout à l’ordre viennent de rendre à la liberté. Aujourd’hui qu’il est en notre sein et qu’il veut bien nous rendre tous les services que lui permettent les lois, nous prions l’administration de prendre en considération les demandes que nous lui faisons.

Dans les différentes communes qui avoisinent la nôtre, les ministres qui y font leurs fonctions sont munis de tout ce qui leur est nécessaire et par quelle fatalité arrive-t-il donc qu’ici tout nous manque, que sans notre participation, que sans même le savoir puisque nous n’avons été ni prévenus ni consultés, nous nous trouvions dépourvus de tout. Quoi qu’il en soit, citoyens, qu’il vous plaise nous permettre l’usage du temple qui existe dans notre commune puisque la république n’en fait aucun usage ; nous délivrer un calice, quelques ornements complets, un missel, un vespéral, une demi-douzaine de chandeliers, enfin le simple nécessaire pour exercer dans l’intérieur du temple les fonctions du culte que nous avons et que nous voulons suivant les lois professer…  ».

François-Marie Cariou fut effectivement rétabli dans ses fonctions par la suite.

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Année 1795

Les mésaventures du curé constitutionnel continuent en 1795 : au printemps 1795, il est exclu de son église. Les prêtres réfractaires purent à nouveau célébrer publiquement leur ministère et François Picart oncle reprend possession de l’église de Plouider en mai 1795. Mais il est de nouveau arrêté à la fin du mois de juin, ainsi que François Marie Cariou le 25 juin, qualifié de « terroriste » qui « gênait la liberté des citoyens ».

Le 27 juin 1795 (« 9 messidor l’an trois de la République françoise une et indivisible ») «  ont comparu en la maison commune de Plouider les citoyens François Picard oncle et neveu et le citoyen François Abolivier prêtres du culte catholique, apostolique et romain résidents sur cette commune, lesquels déclarent répéter la déclaration qu’ils ont fait avant ce jour à la municipalité de Plouider, conformément aux lois de la République et s’engagent à porter les citoyens à la paix, concorde et union et ont signés… ». La municipalité leur donne acte de cette déclaration.

Le 2 juillet 1795 (14 messidor an III), assemblée du Conseil général de la Commune de Plouider : « Le Conseil général, oui le procureur de la Commune, a arretté et arrete que les scellés apposés sur les papiers de François Marie Cariou prêtre, dettenu à la maison d’arrêt à Lesneven comme terroriste suivant la dénontiation des citoyens Madec, ancien président du district de Lesneven, et Lunven de cette commune, et par mesure de police et de sureté générale, seront levés incessement et de jour à autre que le juge de paix de cette commune sera requis à cet effet, qu’examen sera fait de tous les papiers qui sont sous les dits scellés et que ceux qui seront trouvé suspects, seront adressés de suitte au citoyen Roujoux accusateur public près le tribunal criminel du Finistère, que pour faire l’examen et la vérification des dits pappiers, le dit Conseil général a nommé et nomme les citoyens Jean-Marie Lazennec, officier municipal et Allain Salou, procureur de la Commune, et pour être présent à leur oppération les citoyens Yves Salou de Dourmap et Allain Le Saout de métérie de Kerveuleugan, témoins, que le dit Cariou sera pris à la maison d’arrêt et conduit en sa demeure pour être présent à tout ce que dessus et ensuite reconduit à la même maison d’arrêt et finallement que le dit citoyen juge de paix, rapportera procès-verbal de tout ce qui sera fait et arrêté en sa présence pour y avoir tel égard que de raison".

"Le même Conseil général a arrêté en outre qu’il sera donné connoissance incessement aux citoyens représentants du peuple à Brest et au dit citoyen Roujoux de l’arrestation du dit Cariou et des motifs qui y ont donnés lieu… ». Mais les motifs d’inculpation étant trop vagues, les autorités décident, le 12 juillet 1795, de remettre en liberté « ce citoyen qui a constamment prouvé son attachement aux principes de la Révolution  ».

« Séance du vingt quatre messidor an troisième (12 juillet 1795) de la République française, une et indivisible et démocratique, tenue par les citoyens : Frogeraye, président, Le Bastard, Le Guillou, Stangalen, Créachguezault, Abgrall, Laennec,
Le citoyen Le Gal Toulgoat procureur général sindic présent,
Vu la dénonciation faite à la Commune de Plouider le six messidor présent mois par les Citoyens Lunven et Madec, habitant de la dite Commune de Plouider, tendante à faire mettre en arrestation le citoyen Cariou ex-curé constitutionnel de la dite Commune pour fait de terrorisme et de concussion
 ;

La délibération prise le même jour sur la dite dénonciation par le Conseil général de la dite Commune, arrêtant que le dit Cariou sera par mesure de sureté générale mis en arrestation sur le motif que sa présance gêne la liberté des citoyens de la dite Commune ;
La justification dudit Cariou sur tous les chefs d’inculpation articulées contre lui par la dénonciation de Lunven et Madec
 ;

Considérant que toutes les inculpations contenües dans la dénonciation desdits Lunven et Madec sont vagues puisqu’ils ne les ont appuyées d’aucune preuve, ni même d’aucune offre de preuve qu’il n’est pas possible de se dissimuler que le Conseil général de la Commune de Plouider n’a lui-même considéré les dites inculpations que comme des inculpations très vagues puisqu’il n’a pas cru devoir leur faire servir de baze à l’arrestation qu’il prononce contre ledite Cariou, laquelle arrestation n’a été déterminée que par le seul motif que la présence dudit Cariou genoit la liberté des Citoyens de Plouider  ;

Considérant qu’un pareil motif ne peut être suffisant pour priver de sa liberté un citoyen qui a constamment prouvé son attachement aux principes de la Révolution ;

Le procureur général sindic entendu le Directoire arrêtte que le Citoyen François Marie Cariou sera sur le champ mis en liberté  ».

François-Marie Cariou revient une nouvelle fois à Plouider et se fait enregistrer, le 16 juillet 1795, par le conseil :

« Conformément à la proclamation des citoyens…. représentants du peuple près des armées des côtes de Brest et de Cherbourg, en date du vingt floréal dernier et à la loi du onze prairial troisième année de la République française une et indivisible,
Je, soussigné, Ministre Catholique, déclare à la municipalité de Plouider, assemblée au lieu ordinaire de ses séances, fixer mon domicile sur la susdite commune pour y exercer paisiblement, avec fidélité et soumission aux lois de la république, les fonctions de mon culte. De tout quoi, je requiers avis de la municipalité ; fait à la maison commune de Plouider ce jour vingt huit messidor troisième année de la république française, une et indivisible,
signé Jean Marie Cariou
 ; [16 juillet 1795]

De tout quoi la municipalité a donné acte… ».

« Aujourd’hui onze thermidor l’an troisième de la République française une et indivisible [29 juillet1795], est comparu à la maison commune de Plouider le citoyen Yves Lostec lequel a déclaré qu’il se propose d’exercer le ministère d’un culte connu sous la dénomination de culte catholique apostolique et romain dans l’étendue de cette Commune et a requis qu’il lui soit décerné acte de sa soumission aux lois de la République, de laquelle déclaration il lui a été décerné acte conformément à la loi du onze prairial de l’an trois de la république française une et indivisible  ». [30 mai 1795]

« Aujourd’hui vingt un thermidor l’an troisième de la République française une et indivisible [8 août 1795] est comparu à la maison commune de Plouider, le citoyen Jean Modic lequel a déclaré qu’il se propose d’exercer le ministère d’un culte connu sous la dénomination du culte catholique apostolique et romain dans l’étendue de cette commune et a requis qu’il lui soit décerné acte de sa soumission aux lois de la république, de laquelle déclaration il lui a été décerné acte conformément à la loi du onze prairial de l’an trois de la République française une et indivisible… ».

« Aujourd’hui cinq vendémiaire l’an quatrième de la république française une et indivisible [27 septembre 1795], est comparû à la Maison Commune de Plouider le citoyen François Marie Cariou lequel a déclaré qu’il se propose d’exercer le Ministère d’un culte connu sous la dénomination du culte catholique, apostolique et romaine dans l’étendue de cette Commune, et a requis qu’il lui soit décerné acte de sa soumission aux lois de la république, de laquelle déclaration il lui a été décerné acte conformément à la loi du onze prairial l’an troisième de la république française une et indivisible… »

Du printemps 1795 à septembre 1797, les prêtres réfractaires ne furent plus inquiétés et purent célébrer leur culte publiquement. Mais à la fin de l’année 1797, ils furent de nouveau recherchés et quelques-uns arrêtés en 1799. François Picart est arrêté le 6 janvier 1798 et détenu à Quimper, puis au Château de Brest jusqu’au 6 juin 1800.

François Marie Cariou continue à exercer ses fonctions dans l’église paroissiale de Plouider, soutenu par une partie des membres du conseil, tandis que d’autres soutenaient les réfractaires. L’ancien maire, Jean Bergot, devenu juge de paix, était même son ami. Il redevint maire en en 1803 et eut l’occasion de le défendre. L’enterrement de l’ancien recteur François Picart en 1803 à Plouider fut l’occasion de ranimer l’animosité entre les deux clergés et certains de leurs fidèles. L’ancien recteur étant décédé à Plouider, la cérémonie d’enterrement devait se dérouler dans l’église paroissiale où Cariou continuait à officier. Craignant des problèmes, celui-ci appel au curé de Lesneven, ex-prêtre constitutionnel et au chantre et maître d’école de Lesneven également. Il convia aussi le maire de sa commune à être présent. Un groupe d’opposants était mené par François Picart neveu, ancien vicaire de Plouider.

Le maire prend encore le parti de son ami Cariou lors de l’arrivée du nouveau recteur à Plouider à la fin du mois de janvier 1804. Cariou finit par quitter la paroisse pour Quimper, sa ville natale, le dimanche 6 février. A son décès le 10 septembre 1810, à l’âge de 41 ans, il était recteur de la petite paroisse de Tréguennec dans le pays Bigouden.

"François Marie Cariou, deservent,
Le onze septembre mil huit cent dix, acte de décès de M. françois mari Cariou, desservant de Tréguennec, agé de quarante et un ans, né à Quimper, décédé hier au soir a cinq heures, au presbytère, fils de feux guilleaume et marie therese Bois, témoins yves mari Cariou, frère du défund de Quimper, et audren Le Bert voisin du même de Tréguennec y. Ti goascoz adjoint délégué
…". (acte du CGF)

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Sources :
- Louis Elégoët, "Ancêtres et terroirs", 1990.
- Yvon Gac : archives départementales, diocésaines, communales et paroissiales.