Yves FLOCH, dernier chantre de la paroisse
Article mis en ligne le 11 novembre 2020

par GAC Yvon

Yves FLOCH, le dernier chantre de la paroisse de Plouider

Yves Floch et Marie Françoise Ségalen

- Un deuil paroissial – décès de M. Yves FLOCH
[Le Messager de Plouider, n° 56, février 1965 - bulletin paroissial de Plouider]

« Yon ar C’haner a eu le digne enterrement qu’il méritait ». Ce jugement, porté à l’issue de la cérémonie par un prêtre qui le connaissait fort bien, fut également celui de la quasi-totalité des Paroissiens.
En effet, depuis l’annonce de son décès jusqu’à la levée du corps, ce fut un défilé ininterrompu vers la maison mortuaire. Au passage on saisissait des phrases comme celles-ci : « Mont a ran da lavaret eur bedenn ha da velet Yon evit ar vec’h diweza er bed-man ».
Malgré les nombreuses adversités qui le frappèrent dans ses affections les plus chères, M. Yves Floc’h sut, grâce à son esprit surnaturel, conserver un tempérament qui, allié à une admirable dignité de vie, faisait naître naturellement des sentiments de sympathie autour de sa personne.

« Yon ar C’haner a eu le digne enterrement qu’il méritait ». Ce jugement, porté à l’issue de la cérémonie par un prêtre qui le connaissait fort bien, fut également celui de la quasi-totalité des Paroissiens.
En effet, depuis l’annonce de son décès jusqu’à la levée du corps, ce fut un défilé ininterrompu vers la maison mortuaire. Au passage on saisissait des phrases comme celles-ci : « Mont a ran da lavaret eur bedenn ha da velet Yon evit ar vec’h diweza er bed-man ».
Malgré les nombreuses adversités qui le frappèrent dans ses affections les plus chères, M. Yves Floc’h sut, grâce à son esprit surnaturel, conserver un tempérament qui, allié à une admirable dignité de vie, faisait naître naturellement des sentiments de sympathie autour de sa personne.

Il aimait également rendre service. A ce point de vue, je lui dois beaucoup. Il ne m’a jamais rien refusé, allant même souvent au devant de mes désirs… Doué d’une excellente mémoire, il était en quelque sorte : « la tradition vivante », et pour sortir de leur perplexité, paroissiens et clergé avaient recours à lui.

Mais là où ses services étaient éminemment précieux, c’était évidemment à l’église : son domaine de prédilection. Sa voix bien timbré, riche en harmonique, agréable, infatigable et d’une puissance peu commune, constituait un capital qu’il sut exploiter avec amour jusqu’à une semaine avant sa mort. Ce talent, il ne l’a pas enfoui comme le mauvais serviteur de l’Evangile… mais, servi par une volonté à toute épreuve et par la même ardeur qu’il déployait dans tout ce qu’il faisait, notre « kaner bras » le fit fructifier pour la plus grande gloire de Dieu et le charme des hommes. Le chant grégorien et les cantiques bretons constituaient pour lui un vrai régal. Dernièrement un prêtre, qui est également un excellent musicien, me disait combien il était impressionné, chaque année au temps de sa jeunesse, lorsqu’il entendait : « Yona r c’haner » chanter les louanges de Notre-Dame du Folgoët, à la procession autour de l’esplanade, le jour du Grand Pardon. Ce même témoignage, je l’ai entendu prononcer bien des fois par des prêtres de passage à Plouider.

Du chrétien que fut Yon Floc’h, je ne dirai rien car cela relève davantage de Dieu qui connait, seul, le cœur de l’homme. Je m’en voudrais cependant de passer sous silence sa fidélité à marque le 1er vendredi du mois par sa dévotion au Sacré-Cœur.

Depuis quatre ans, Yon Floc’h n’exploitait plus ses deux champs. Il se contentait de cultiver avec amour le carré de terre du jardin du presbytère mis à sa disposition. En dehors de sa fonction de chantre, il partageait son temps entre la vie familiale et le jardinage où il déployait également son goût pour le travail bien fait car il avait le coup d’œil sûr pour niveler la terre et aligner les légumes… et le courage ne lui fit jamais défaut. Entouré de l’affection prévenante de son épouse et de sa fille, notre chantre jouissait d’un bonheur amplement mérité. Aussi avouait-il récemment à un prêtre de passage : « Je suis aussi heureux qu’il est possible de l’être ! ».

Nous nous plaisons à penser qu’à présent son bonheur n’a fait que changer de forme et d’intensité. Après avoir chanté de tout cœur ici-bas les louanges de Dieu pendant 45 ans au service de l’église de Plouider, Dieu ne saurait lui refuser de se mêler au chœur des anges et des élus pour chanter la gloire et les bontés divines. Cette pensée – pour ne pas dire notre certitude – nous console de la perte dont nous venons d’être frappés.

Chers paroissiens, la grande et belle voix de celui que tous appelaient : « Yon ar C’haner » s’est tue. Vous aurez à cœur d’atténuer, dans la mesure du possible, les inconvénients de cette perte en prenant, petits et grands, une part de plus en plus grande au chant à l’église. Votre collaboration est plus nécessaire que jamais pour que nos offices continuent à être dignes de Dieu. En même temps vous éviterez aussi à vos prêtres de s’époumoner pour essayer de remplir de leur voix notre bien grande église. A peu près tout le monde arrive à chanter convenablement quand un noyau de chanteurs et de chanteuses, groupés autour de l’harmonium (cette condition est nécessaire), entraîne la foule. Savez-vous qu’un simple filet de voix, multiplié par 100… 200… 300 suffit pour arriver à un résultat excellent, indépendamment de la plus-value de la prière chantée par l’ensemble de l’assistance.

Malgré tout, il arrivera sans doute que le chant faiblisse à certains moments ! Alors vos yeux se tourneront peut-être vers le tabouret, désormais sans titulaire, d’où Yon Floc’h était toujours à pallier toutes les déficiences et toutes les faiblesses. Que ce soit pour vous, comme pour moi, l’invitation à prier pour le repos de l’âme de notre ancien chantre, dans le cas où (ce qui nous est caché) elle ne serait pas encore parvenue à la félicité du Ciel. Après tout, nous lui devons cette dette de reconnaissance. Il n’est pas une seule famille à Plouider dont il n’ait partagé ou la joie ou la peine… et, sans doute, les deux bien des fois. A titre de curiosité, je vous livre ces chiffres que je viens de relever dans les Registres paroissiaux ; depuis 1919 – date de son arrivée à Plouider si mes renseignements sont exacts – Yon ar C’HANER
- a chanté le « Te Deum » d’actions de grâce pour…2.372 naissances
- a chanté le « Evit beva gant Levenez » pour… 913 jeunes foyers
- a appelé la miséricorde divine sur… 1.405 âmes entrées dans l’éternité.
Qui dira le nombre des milliers de Services qu’il a chantés en 45 ans ? Aussi je me plais à penser que les âmes auxquelles il a contribué à ouvrir plus vite la porte du Ciel auront été ses meilleurs avocats auprès de Dieu.

Oui, qu’à son tour, Yon ar C’HANER repose en paix !
C’est le souhait, accompagné de nos prières, que tous nous formulons pour lui.

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Articles du journal Ouest-France.
Le Recteur rajoute : en complément à mon article, je me fais un devoir de reproduire dans ce même messager les deux beaux articles que notre correspondant local, M. Henry COZ, a eu la délicatesse d’envoyer à Ouest-France. D’après les échos que j’en ai eus, ces articles ont été particulièrement remarqués par des lecteurs d’Ouest-France. Ils contiennent des renseignements que j’ai volontairement omis dans le mien pour oublier le double emploi. (Henri Coz était le secrétaire de mairie et le correspondant du journal Ouest-France).

1er article :
« C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès survenu à son domicile, au bourg, de M. Yves Floc’h, chantre paroissial.
Bien que malade depuis quelques mois, rien ne laissait présager sa disparition si soudaine, car son état de santé s’était amélioré ces dernières semaines. Le jour du 1er de l’an, il assistait encore à la grand’messe en prenant même une part active aux chants.
Si les offices religieux à Plouider étaient si beaux, c’est beaucoup à l’intéressé qu’on le devait, car avec sa voix de ténor, l’assemblée tout entière de fidèles le suivait dès qu’il entamait les chants.
Une brutale rechute l’a emporté vendredi matin (8 janvier). Il était âgé de 74 ans.
Ancien combattant de la guerre 1914-1918, il était trésorier de la Section locale des Anciens Combattants. Il exerçait les fonctions de chantre paroissial depuis 45 ans. M. Floc’h était, en outre, le crieur public municipal.
A Mme Floc’h, à ses enfants et à toute la famille, nous présentons nos plus sincères condoléances ».

2ème article : obsèques.
« Nous avons relaté, dans notre édition de samedi, le décès de M. Yves Floc’h, chantre paroissial, enlevé à l’affection des siens à l’âge de 74 ans.
Ses obsèques ont été célébrées en l’église paroissiale, samedi après-midi, et toutes les familles étaient représentées à la cérémonie qui avait lieu pour celui qui était unanimement estimé et qui a été chantre durant 45 ans à Plouider.

La levée du corps a été faite par l’abbé Méar, Recteur de Plouider, qui a également chanté la messe, tandis que M. l’abbé Jacolot, vicaire à Riec-sur-Belon, ancien vicaire de Plouider, tenait l’harmonium et que M. l’abbé Agrall, vicaire à Plouider, dirigeait les cérémonies.
Au chœur avaient, en outre, pris place : M. le Chanoine Bellec, aumônier à Lannilis, ancien Recteur de Plouider, et MM. les abbés Allain, aumônier à Châteaulin, ancien Recteur de Plouider, Prémel, aumônier à Ploudalmézeau, Cosquer, Recteur de Tréflez, Guillou, Recteur de Lanhouarneau et ancien vicaire de Plouider, Cabon, Recteur de Goulven, ainsi que les abbés Guillerm, Recteur de Milizac, Corfa, vicaire à Cléder, Castel, vicaire à Plougoulm, Pengam, vicaire à Guiclan : tous quatre originaires de la paroisse.

Dans la nombreuse assistance, nous avons noté la présence de M. Calvez, maire de Plouider, MM. Tanguy et Prigent, adjoints, de nombreux conseillers municipaux et paroissiaux, anciens combattants et anciens prisonniers des deux guerres dont les drapeaux étaient portés par MM. Ropars et Ramounet, de la plupart des membres de la Chorale… etc…
A Mme Vve Floc’h, à ses enfants et petits-enfants et à toute la famille, nous renouvelons nos sincères condoléances ».

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Yves FLOCH était né le 22 avril 1890 à Tréflez, fils de Pierre Floch et Anne Conseil. Il avait épousé le 27 octobre 1919 à Saint-Méen Marie Françoise SEGALEN, née le 3 mai 1894 à Roudous Hir en Kernouës, fille de Jean Marie Ségalen et Marie Françoise Bernard.

Le couple s’installe comme cultivateurs à Plouider et ils ont eu deux enfants, dont une fille Marie Françoise, née le 5 septembre 1920 au bourg de Plouider.
Marie Françoise SEGALEN décède le 12 août 1924 à Plouider et Yves FLOCH se remarie le 4 novembre 1925 à Plouider avec Marie Jeanne CORFA, née le 21 avril 1901 à Plouider, fille de Goulven Corfa et Marie Yvonne Floch. Yves Floch décède donc le 8 janvier 1965 et Marie Jeanne Corfa le 16 novembre 1984 à Plouider.

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Le soldat de la Première Guerre Mondiale

Son comportement au combat lui a valu des citations du Régiment : Energique soldat, exemple vivant de bravoure, de dévouement et d’énergie. Au front depuis le début de la campagne a assisté à toutes les actions auxquelles le Régiment a pris part. S’est distingué en Champagne, à Thiaumont, au Bois le Chaume, par son sang-froid et son mépris absolu du danger. Au Mont Cornillet du 9 au 13 août 1918, a affecté un service de liaison dans les conditions les plus périlleuses, franchissant à maintes reprises une zone constamment battue par le feu violent des mitrailleuses allemandes et soumis à un bombardement intense.
- Croix de guerre, étoile de bronze
- Médaille de la Victoire
- Médaille Commémorative.

[Sources : archives de Plouider, archives départementales et C.G.F.]