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memoire de Plouider
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11 . Jean Marie JACQ, recteur de Plouider (1930-1931)
Article mis en ligne le 18 mars 2022
dernière modification le 13 mars 2022

par GAC Yvon

Jean Marie JACQ, recteur de Plouider (1930-1931)

Jean Marie JACQ est né le 3 février 1881, rue Verderel à Saint-Pol-de-Léon, fils de Guillaume Jacq, charron, et de Marie Poissot, ménagère couturière, qui s’étaient mariés le 16 février 1876 à Saint-Pol-de-Léon.

"L’an mil huit cent quatre vingt-un, le trois février à quatre heures du soir, par devant nous, Créach Claude, Maire, officier de l’Etat civil de la commune de Saint Pol de Léon, arrondissement de Morlaix, département du Finistère, a comparu Jacques Guillaume âgé de trente deux ans, charron, domicilié à Saint Pol de Léon, rue Verdérel, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin né ce jour à minuit et demi en sa demeure de lui déclarant et de Poissot Marie âgée de quarante ans ménagère et auquel il a déclaré donner le prénom de Jean-Marie, les dites déclaration et présentation faites en présence de M. Goarec âgé de trente sept ans, employé de douanes, domicilié à Brignogan, et Creignou Maurice âgé de trente ans, employé de Mairie, domicilié à Saint Pol de Léon. De quoi nous avons dressé le présent acte que nous avons signé avec le père et les témoins après lecture faite".

Il est ordonné prêtre en 1906

En 1907, il est nommé professeur au collège de Saint-Pol-de-Léon

En novembre 1930, il est nommé recteur de Plouider

Le 9 décembre 1931, il quitte Plouider pour aller se faire soigner à la Maison Saint-Joseph de Saint-Pol-de-Léon.
Il y décède le dimanche 20 décembre 1931, à quatre heures du matin.

"Mairie de Saint-Pol-de-Léon
Le vingt décembre mil neuf cent trente-un à quatre heures est décédé lieu dit rue de la Psalette, Jean Marie Jacq, prêtre, né à Saint-Pol-de-Léon le trois février mil huit cent quatre vingt un, célibataire, fils de Guillaume Jacq et de Marie Poissot, tous deux décédés, domicilié à Plouider.
Dressé le vingt décembre mil neuf cent trente-un à neuf heures sur la déclaration de Pierre Affret, cinquante cinq ans, prêtre, domicilié en cette ville, rue de la Psalette, qui lecture faite a signé avec nous Hervé Lenneville, officier de la légion d’honneur, adjoint-maire de Saint-Pol-de-Léon, arrondissement de Morlaix, Finistère, officier de l’Etat Civil par délégation du maire.
Pour extrait conforme au registre dûment signé en Mairie de Saint-Pol-de-Léon le dix huit janvier mil neuf cent trente deux, l’adjoint délégué signé Lenneville.
Le dix neuf janvier mil neuf cent trente deux, l’acte de décès ci-dessus a été transcrit par nous, Maurice Le Bras, maire de Plouider".

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Présentation de la vie de Jean-Marie JACQ (Semaine religieuse de Quimper et Léon, 1932) :

- L'enfant :

Né à Saint-Pol-de-Léon d’une modeste famille de sabotiers qui durent élever leur maisonnée au prix d’un dur labeur, il avait perdu sa mère à l’âge de 9 ans. L’influence maternelle dans la formation de l’âme du jeune enfant fut suppléée et continuée par ses sœurs aînées et surtout par son père.
M. Jacq parlait de son père avec une vénération religieuse ; il le citait souvent comme type du père de famille chrétien, qui sait allier une affection profonde pour ses enfants une autorité qui ne se discute pas et qui se fait obéir d’un mot, d’un simple regard. M. Guillaume Jacq était préfet de la Congrégation de la Sainte Vierge ; tous les samedis soirs, son fils pouvait le voir et l’entendre préparer dans son gros livre de plain-champ la messe des congréganistes, qui se chante tous les dimanches matins, à l’église Saint-Pierre, et il se familiarisa ainsi, dès son jeune âge, avec les mélodies du chant liturgique qu’il savait si bien apprécier. C’est à son père encore qu’il faut faire remonter sa tendre dévotion pour la Sainte Vierge et ces solides qualités, droiture de caractère, probité scrupuleuse, bon sens, simplicité et oubli de soi, qui constituaient les principaux éléments de sa physionomie morale et la rendaient si attachante. A une telle école, sa vocation sacerdotale, éclose sur les genoux de sa mère, ne pouvait que se raffermir et s’épanouir.
Après d’excellentes études primaires, l’enfant obtenait une bourse municipale pour le collège. Il fut initié aux premiers rudiments du latin par son oncle, M. l’abbé Querné, ancien professeur de première, qui s’était retiré à Saint-Joseph et qui en a fait l’historique dans son ouvrage sur "Bel Air". Collégien et séminariste, comme le faisaient d’ailleurs à cette époque tous les séminaristes de Saint-Pol, Jean Jacq fréquentait assidûment cette maison, la "maison des vieux prêtres" où il est revenu mourir.

- Le service militaire :

Jean Marie Jacq appartient à la classe 1901. Le conseil de révision le déclare bon pour le service mais il en est dispensé, au nom de l’article 23, comme étudiant ecclésiastique. Signalement : cheveux et sourcils châtains, yeux bruns, front ordinaire, nez moyen, bouche moyenne, menton à fossette, visage ovale. Une taille de 1m67.

Il est incorporé au 47ème Régiment d’Infanterie le 14 novembre1902, soldat de 2ème classe ; puis placé dans la disponibilité de l’armée active le 19 septembre 1903, certificat de bonne conduite accordé. Il a accompli une période d’exercices à la 11ème section d’infirmiers militaires en août-septembre 1905 à Nantes.

En 1906, il fournit le certificat en vue d’orientation d’Etudes (étudiant es lettres). Il est réformé le 7 mai 1907 par la commission spéciale de Rennes, pour bronchite chronique.
Il est reconnu bon pour le service armé par le Conseil de révision à Morlaix le 26 décembre 1914 et affecté à la 11ème section d’infirmiers militaires à Nantes (18 février 1915). Il est réformé pour vue déficiente et chorio-rétinite le 28 mars 1916. Sa campagne contre l’Allemagne se situe entre le 18 février 1915 et le 28 mars 1916.

- Le professeur de philosophie :

Ses études secondaires furent aussi solides que brillantes. En 1908, après sa prêtrise et après un an de séjour à Rennes pour préparer sa licence, il revenait dans son vieux collège et y succédait comme professeur de troisième à son ancien maître, M. Francès. Il captiva d’emblée ses élèves et se fit apprécier par les inspecteurs de l’Université qui ne lui ménagèrent pas leurs félicitations ni leurs encouragements.
En 1911, le collège de Léon se transformait en un collège désormais exclusivement ecclésiastique, sous le nom d’Instituion de Notre Dame du Kreisker. M. Jacq y était nommé professeur de philosophie. Ce n’est pas sans une certaine frayeur que le jeune professeur aborda sa nouvelle tâche : quelques mois passés à suivre les cours de l’Université en vue d’un examen, où les questions littéraires formaient la moitié du programme, constituaient, il le sentait bien, une maigre préparation à un enseignement si délicat. Il se mit à l’œuvre cependant avec courage et il acquérait bientôt une maîtrise incontestée. M. Jacq travaillait lui-même et il savait faire travailler. D’ailleurs, sous sa direction méthodique la tâche de l’élève était bien facilitée. La base de son enseignement, c’était le manuel auquel il ramenait tout le reste, qu’il commentait, développait, rectifiait. Sa joie fut grande lorsque, en 1918, parut un manuel comme il en rêvait depuis longtemps ; dès lors, son "Baudin" fut de sa part l’objet d’un culte enthousiaste dont s’amusaient un peu ses anciens élèves. Il ne se lassait pas d’en découvrir et d’en montrer toute la richesse de pensée. Aussi comme il savait l’expliquer, avec une profusion d’exemples, tirés de ses lectures et de ses observations personnelles et qu’il savait raconter avec un art charmant ; par-delà, il faisait d’une discipline qui semble parfois pure combinaison de formules abstraites, une science captivante, en contact perpétuel avec la réalité vivante et concrète. Les résultats obtenus aux différents concours et examens proclament avec assez d’éloquence la valeur d’une telle méthode d’enseignement.

- Le prêtre :

C’est que M. Jacq se sentait prêtre avant tout et ce sentiment présidait à toute sa vie. Il comptait parmi ses meilleurs souvenirs d’avoir préparé au baptême un jeune Chinois païen et un jeune protestant de Bombay et d’avoir donné l’instruction catholique à un jeune Russe qui, baptisé dans le catholicisme, avait été élevé dans l’hérésie. Cette action sacerdotale s’exerçait profondément sur les nombreux pénitents qui d’adressaient à lui (car il fut de tous temps un des confesseurs les plus goûtés du collège) et qui trouvaient chez lui une direction ferme et pleine de bonté. Aussi, bien des prêtres et des religieux lui doivent leur vocation. En dehors de la confession, beaucoup d’autres, élèves et anciens élèves sans doute, mais aussi parmi ses collègues jeunes et vieux, sollicitaient son avis comme celui de l’homme de bon sens, qui ne "se monte pas la tête". Et cet avis, qu’il leur exposait franchement, ils l’acceptaient, fût-il désagréable à entendre, parce qu’ils le sentaient dicté par l’affection. Lui-même d’ailleurs ne croyait pas s’abaisser en exposant ses difficultés à ses confrères et en demandant leurs conseils.
Cette simplicité et cette bonté lui gagnaient les cœurs. On l’aimait aussi pour sa gaîté. M. Jacq fut toujours un ami du rire, et les épreuves qui fondirent sur lui, comme la menace de perdre la vue, les deuils répétés dans sa famille, n’entamèrent pas sa bonne humeur. Aussi sa société était-elle pleine de charme, et sa conversation, tour à tour amusante et instructive, offrait l’intérêt qu’on peut trouver dans la conversation d’un homme cultivé qui s’intéresse aux questions les plus diverses, qui a l’art de raconter et qui sait parler de ses études et de ses lectures avec une précision, une aisance et une simplicité défiant tout reproche de pédantisme. On ne s’étonnera donc pas que son départ pour Plouider, en novembre 1930, ait laissé un grand vide au collège et rendu plus d’un cœur mélancolique.

- Le recteur de la paroisse de Plouider :

Le ministère paroissial n’était pas absolument inconnu du nouveau recteur ; durant sa carrière professorale, M. Jacq s’y était exercé en acceptant de prêcher, de confesser, de faire des remplacements dans les paroisses pendant les vacances. Cependant il lui restait beaucoup à apprendre. Il eut l’heureuse fortune de trouver deux vicaires qui lui facilitèrent la tâche, et plus d’une fois on l’a entendu rendre hommage à leur sûreté de jugement et à leur sens pratique, et reconnaître l’aide précieuse qu’il trouvait auprès d’eux. Lui-même se mettait à sa nouvelle besogne comme il s’était acquitté de toutes les précédentes, en s’y donnant tout entier. C’est ainsi qu’il préparait ses catéchismes avec le même soin scrupuleux qu’il avait apporté à ses classes de philosophie s’imposant d’apprendre par cœur le catéchisme breton et rédigeant d’avance les explications qu’il devait donner aux enfants.
A deux amis qui lui demandaient s’il ne regrettait pas son ancienne vie de professeur, plus régulière et plus calme, il répondait : "Dans deux ou trois ans, quand je serai bien au courant de mon ministère et quand j’aurai bâti mon presbytère, si je plais à ma paroisse, je serai le plus heureux des hommes". S’il plaisait à sa paroisse ! Il lui a suffi d’être connu un an de ses paroissiens pour s’attirer leur estime et leur affection, et ils se plaisent à louer en lui l’homme de devoir, bon, simple et droit, qui ne se recherchait pas lui-même. Toutes les espérances étaient donc permises, et on était tenté de dire : "heureuse la paroisse qui a un tel pasteur !"

- La maladie et la mort :

Mais sa constitution, si robuste fût-elle, ne résista point au labeur qu’il lui imposait. Au début de novembre, il devait s’aliter. Quelques semaines plus tard, le 9 décembre, avec la permission de Monseigneur, il venait se faire soigner à la Maison Saint-Joseph, où il lui serait plus facile de suivre son traitement.
Le dimanche suivant, on célébrait à Plouider la grande fête de Notre Dame des Malades, et à cette occasion, on bénissait deux belles statues, celle du Curé d’Ars et celle de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, on érigeait un nouveau chemin de croix et l’on procédait à la bénédiction du nouveau presbytère. La douleur dut être bien grande dans le cœur du pasteur d’être absent de ces fêtes.
Cependant, on ne l’entendit ni pousser une plainte, ni exprimer un regret : il acceptait cette épreuve comme il avait accepté les autres épreuves de sa vie, avec une calme résignation. C’est avec le même abandon total à la volonté divine qu’il apprit, quelques jours après, que le moment était venu de se préparer à mourir. Le mal, en effet, était trop profond et l’organisme surmené était incapable de réagir. "Comme le bon Dieu le voudra", répétait-il à ses derniers jours, "Tout ce que le bon Dieu voudra". Et le bon Dieu a voulu que M. Jean Jacq entrât dans son éternité le dimanche matin 20 décembre 1931.
Ses obsèques eurent lieu le lendemain à la cathédrale de Saint-Pol. Elles furent présidées par deux vicaires généraux ; plus de cent prêtres et une foule immense, parmi laquelle une très nombreuse délégation de Plouider, y assistaient. Le cœur se serre de voir disparu un tel prêtre, qui semblait destiné à faire encore tant de bien ; on se console cependant à la pensée, que s’il entré lui-même dans le grand repos, son action bienfaisante se perpétuera par les bons chrétiens et les bons prêtres qu’il a formés et qui auront à cœur de suivre l’exemple du maître dévoué qu’ils pleurent.




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